L’étonnant médicament qui se prend… par l’oreille


C’est un anti-douleur remarquable, qui fait enfin son entrée à l’hôpital.

C’est aussi un anti-stress, excellent pour votre tension artérielle… et votre sommeil.

Et c’est enfin un anti-dépresseur naturel qui réchauffe le cœur et l’esprit.

Des effets secondaires ?

Pas le moindre, si ce n’est de faire du bien à votre cerveau.

Cela doit coûter cher, alors ?

Pas du tout, c’est quasiment gratuit !

Vous pouvez en « consommer » quand vous voulez, autant que vous voulez…

…et c’est : la musique !

Oui, la musique est bien LE nouveau « médicament » qui fait fureur aujourd’hui dans la communauté scientifique.

D’Hippocrate à Florence Nightingale : ils connaissaient déjà ses pouvoirs
Bon, autant le dire tout de suite : il était temps !

Dans la Grèce antique, des « musicothérapeutes » s’activaient déjà auprès des malades : ils jouaient de l’aulos, une sorte de flûte à la tonalité émouvante, ou bien de la lyre au son plus doux et harmonieux. [1]

On lit aussi dans Platon que les sages-femmes de l’époque allégeaient les douleurs de l’accouchement par leurs « mélopées », des chants doux et monotones.

Quant à Hippocrate, le père de la médecine, il jouait de la musique pour soigner ses patients atteints de « mélancolie » (dépression).

Plus près de nous, au XIXe siècle, la grande fondatrice du mouvement des infirmières, Florence Nightingale, avait deviné l’importance de la musique pour soigner les blessés.

Cette femme héroïque s’est rendue célèbre pour avoir emmené, en pleine guerre de Crimée, une équipe de vingt femmes pour soigner les soldats français et britanniques. En plus des soins « classiques », ces infirmières utilisèrent des chants et des mélodies de flûte pour les apaiser, réduire leurs douleurs, et favoriser le sommeil.

Malheureusement, au XXe siècle, la « révolution pharmaceutique » et l’obsession pour le « tout médicament » ont balayé ces méthodes, jugées archaïques…

… jusqu’à ce qu’elles reviennent récemment, par la grande porte de la science !

Mozart à la rescousse dans les blocs opératoires !
C’est une grande revue d’études, publiée dans l’un des plus prestigieux journaux médicaux au monde, The Lancet, qui a définitivement fait entrer la musique dans le cercle des thérapies indispensables en cas d’opération chirurgicale. [2]

Les chercheurs ont passé en revue 73 études contrôlées, touchant près de 7 000 patients… et les résultats sont impressionnants.

La musique atténue l’anxiété liée à l’opération. L’effet est bien tangible : les patients qui attendent leur opération en musique ont moins besoin de médicaments sédatifs pour s’endormir.

Encore mieux : les patients opérés ont également moins besoin de médicaments « analgésiques » (contre la douleur) !

De fait, il suffit de faire écouter de la musique aux patients avant, pendant ou après l’opération chirurgicale pour réduire la douleur ressentie de deux points, sur une échelle de 0 à 10.

En France, cela fait des années que quelques médecins pionniers utilisent ce formidable anti-douleur :

« Dans mon service, nous proposons systématiquement aux personnes qui vont être opérées sous anesthésie loco-régionale, et qui seront donc conscientes au bloc, d’apporter un lecteur de musique type MP3 avec les morceaux de leur choix », témoigne Sébastien Bloc, anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Claude-Gallien. [3]

Il faut dire que la musique a un avantage très « pratique » : elle permet au patient de s’abstraire des bruits angoissants de l’hôpital et de se constituer un petit cocon à lui, pendant que les bistouris s’activent.

La musique déclenche aussi des hormones de plaisir qui contrecarrent la douleur… surtout quand c’est une musique que le patient apprécie particulièrement.

Des chercheurs ont même examiné l’effet de la musique après une opération à cœur ouvert : ils ont découvert que cela diminuait efficacement les douleurs… et améliorait même le taux d’oxygène dans le sang ! [4] [5]

Quel progrès simple et utile, à un coût dérisoire !

Opérations, cancérologie, soins palliatifs : de la musique partout, vite !
Des chercheurs suédois ont aussi testé l’efficacité de la musique pendant… une coloscopie. De fait, cela fait beaucoup de bien pour passer en douceur cette opération si peu agréable. [6]

Et que diriez-vous de profiter d’un concert de saxophone pendant une dialyse ? [7]

Cela a été testé par des chercheurs de l’Université de Bologne… et là encore, ils ont observé d’excellents effets sur le moral, la douleur et la saturation en oxygène !

Au Val de Grâce, on utilise même la musique en cancérologie : les séances s’effectuent individuellement, dans la chambre des patients, pendant 45 minutes.

Là encore, c’est une initiative validée par la science : un rapport de la très respectée Fondation Cochrane conclut que la musique a bien des effets bénéfiques sur l’anxiété, la douleur, la fatigue et la qualité de vie des personnes frappées par le cancer. [8]

À l’hôpital Sainte Périne à Paris, une formidable initiative a été lancée en soins palliatifs, pour atténuer la terrible douleur des malades en fin de vie.

Ce projet a été joliment baptisé « pansement Schubert » : lorsqu’un patient reçoit un soin douloureux (pansement d’escarre, pose de voie veineuse, etc.), il bénéficie d’un accompagnement musical à base de violoncelle, un instrument proche de la voix humaine.

D’après les premiers résultats, cela a permis de réduire la douleur des patients jusqu’à 50 % ! [9]

Et le plus beau dans cette nouvelle « thérapie », c’est bien sûr que vous n’avez pas besoin d’aller à l’hôpital pour en profiter.

Vous pouvez en bénéficier chez vous – et je vous le recommande tout particulièrement dans deux cas : pour balayer vos douleurs et soigner votre cœur.

Douleurs chroniques : la musique est même efficace contre la fibromyalgie !
La musique agit sur toutes les douleurs [10], y compris les douleurs chroniques, comme le mal de dos, les douleurs musculaires ou articulaires.

La meilleure preuve est qu’elle réussit à agir sur une maladie chronique très particulière, que la médecine moderne a beaucoup de mal à traiter : la fibromyalgie.

Ceux qui ont la malchance d’avoir cette maladie ont des douleurs musculaires récurrentes, inexpliquées… et difficiles à combattre.

Mais la musique, ça fonctionne ! [11]

« La musique vient contrecarrer le message douloureux. Elle réduit aussi le stress et l’anxiété, deux émotions qui amplifient la douleur ; comme la personne a moins mal, elle peut se remettre doucement en mouvement et retrouver une vie normale », explique Stéphane Guétin, psychologue musicothérapeute, qui a validé cette thérapie auprès de patients fibromyalgiques. [12]

Alors si vous avez des poussées de douleurs vous aussi, vous savez ce qui vous reste à faire.

Choisissez une musique que vous aimez, de nature apaisante.

Allongez-vous sur votre lit ou votre canapé, écoutez là au casque si possible. Et pour être sûr d’être pleinement « dans » votre musique, veillez à ne pas être dérangé, et n’hésitez pas à vous mettre un masque sur les yeux !

Même conseil si vous avez une tension artérielle un peu élevée :

Pour votre cœur : choisissez Mozart plutôt que les Beatles !
De nombreuses études scientifiques ont validé l’intérêt de la musique sur la tension artérielle et la fréquence cardiaque [13], notamment chez ceux qui souffrent d’une maladie du cœur. [14]

Mais attention : toutes les musiques n’ont pas le même effet !

On s’en doutait un peu, mais des chercheurs allemands l’ont confirmé tout récemment. [15]

Ils ont fait écouter à des participants des compositions de Mozart, de Strauss et du groupe de pop suédois Abba…

Résultat : ceux qui ont écouté la musique classique ont eu un effet très positif sur leur tension artérielle… mais pas ceux qui ont écouté la musique « pop ».

Et ne pensez pas que ces résultats sont dus à une forme de nationalisme germanique : des chercheurs brésiliens ont trouvé eux aussi que Mozart réduit la tension artérielle… mais pas les Beatles ! [16]

Endormez-vous avec cette musique qui réduit le stress de 65 %
Mais si vous voulez vous endormir [17] ou vous détendre, il y a encore mieux que Mozart.

Un groupe de musicien s’est récemment associé à des scientifiques pour relever un beau défi : créer la musique la plus relaxante au monde ! [18]

Ils ont donc créé un morceau en respectant toutes les règles de la relaxation :

• Comme votre rythme cardiaque a tendance à s’ajuster au tempo de la musique, le morceau commence à un rythme de 60 BPM pour descendre progressivement, autour de 50… ce qui fait baisser votre rythme cardiaque et votre tension artérielle ;
• L’écart entre les notes (les intervalles harmoniques) a été choisi pour créer un sentiment d’euphorie et de confort ;
• Et il n’y a pas de « refrain » ou de mélodie qui se répète, ce qui permet à votre cerveau de vraiment « déconnecter » – sinon il essaie de prévoir ce qui va arriver !
Le pari a été gagnant : sur un petit panel de 40 femmes, ce titre musical a produit les meilleurs résultats, loin devant les autres musiques testées (y compris Mozart).

Ce morceau provoquerait même une baisse de l’anxiété de 65 %… à tel point que les chercheurs ont lancé cet avertissement : surtout, n’écoutez pas cette chanson en conduisant !

Vous pouvez l’écoutez ici : https://www.youtube.com/watch?v=UfcAVejslrU

Attention, n’attendez pas de la grande musique : par principe, un morceau est d’autant plus relaxant qu’il est « neutre », aléatoire, peu musical, avec le moins d’affect possible.

Bref, ne vous étonnez pas que ce morceau ait « battu » Mozart, qui lui, ne cherchait pas à vous endormir !

Le vrai problème avec la musique
Au total, il est clair que la musique devrait être beaucoup plus utilisée médicalement :

• Dans tous les services d’urgences, on devrait être accueilli par une musique apaisante, pour réduire l’anxiété et la douleur, souvent à son paroxysme ;
• La musique devrait être systématiquement utilisée avant, pendant et après toute opération médicale, y compris en soins palliatifs ;
• Et on devrait prescrire de la « musicothérapie » en cas d’anxiété, d’insomnie et même d’hypertension artérielle…
Mais cela prendra du temps, hélas, beaucoup trop de temps.

Pourquoi ? Parce que la musique ne rapporte rien à personne, en tout cas pas à Big Pharma.

C’est même pire que cela : la musique fait perdre de l’argent à l’industrie pharmaceutique… puisque les patients ont moins besoin de médicaments !

Par exemple, selon le Dr Gérard Mick, neurologue à l’hôpital de Voiron en Isère :

« On sait aujourd’hui que l’on peut réduire de 30 à 60 % la consommation d’antalgiques (contre la douleur) en écoutant de la musique plaisante. » [19]

Pour le Pr Paul Glasziou, de l’Université Bond en Australie : « un médicament offrant la même efficacité générerait un commerce considérable ».

Malheureusement, le « commerce » a souvent nettement plus de poids que notre santé !

 

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Sources : [1] Patrick l’Echevin, Musique et Médecine, Stock Musique, 1981

[2] Music as an aid for postoperative recovery in adults: a systematic review and meta-analysis, J. Hole et all, The Lancet, août 2015

[3] À l’hôpital, la musique apaise les douleurs opératoires, P. Fréour, Le Figaro, août 2015

[4] Effect of music on postoperative pain and physiologic parameters of patients after open heart surgery, N. Özer et all, NCBI, 2013

[5] Anxiety, depression, and self-management: a systematic review, S. Fredericks, NCBI, 2012

[6] Gender differences when using sedative music during colonoscopy, I. Björkman, NCBI, 2013

[7] Effects of live saxophone music on physiological parameters, pain, mood and itching levels in patients undergoing haemodialysis, F. Burrai, NCBI, 2014

[8] Music interventions for improving psychological and physical outcomes in cancer patients, J. Bradt, NCBI, août 2016

[9] Quid de la musicothérapie sur les douleurs induites en soins palliatifs, infirmiers.com, juin 2016

[10] The Effects of Music on Pain: A Meta-Analysis, JH. Lee, Oxford Acadmic, octobre 2016

[11] Effects of music on pain in patients with fibromyalgia, GB. Alparslan, NCBI, mai 2016

[12] La musicothérapie, un antidouleur efficace contre la fibromyalgie, J. Saunier, Santé magazine, janvier 2017

[13] Effects of music on systolic blood pressure, diastolic blood pressure, and heart rate: a meta-analysis, RS. Loomba et R. Arora, NCBI, 2012

[14] Music for stress and anxiety reduction in coronary heart disease patients, J. Bradt, NCBI, 2013

[15] The Cardiovascular Effect of Musical Genres, HJ. Trappe, NCBI, mai 2016

[16] Mozart, but not the Beatles, reduces systolic blood pressure in patients with myocardial infarction, LC. Gruhlke, NCBI, décembre 2015

[17] Music for insomnia in adults, KV. Jespersen, NCBI, août 2015

[18] Band creates the ‘most relaxing tune ever’, The Telegraph, 2011

[19] Quand la musique adoucit les maux, S. Bedu, Cabinet de musicothérapie, octobre 2016

 

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